Le Dahomey et l’Afrique sont racontés en 200 pages jusqu’en 1972, année du dernier coup d’état militaire au Dahomey. Le Dahomey et l’Afrique sont les deux « personnages souches » de cet exercice de mémoire de Bruno AMOUSSOU. Avec un œil tout aiguisé, l’ingénieur en agronomie, a écrit ici sa plus belle histoire avec un humour subtil.
A l’origine de « L’Afrique est mon combat », un concours de circonstance familiale et de nombreux échanges avec des amis.
Mai 2006, Bruno AMOUSSOU est interpelé à Montréal par ses enfants Olivier et Gilles, étudiants au Canada. Olivier et Gilles sont directs et posent la vraie question au papa à l’emploi du temps surchargé et toujours en suractivité.
« Papa, pour une fois qu’on te tient, dis-nous un peu plus sur qui tu es, et ce que tu as fait ». C’est le déclic. Bruno AMOUSSOU se soumet, raconte et décide enfin d’écrire sur lui-même, sur ce qu’il a vu, fait et enduré.
La structure du livre est calquée sur le processus de la mémoire. Les premiers chapitres tiennent de l’enquête familiale - son père, Ange Marie Balovi AMOUSSOU catéchiste et valeureux paysan, sa mère Philomène FANGNON commerçante et surtout vendeuse de perles – du parcours scolaire et universitaire, des années de militantisme, de la décolonisation, de ses premiers pas d’ans l’arène.
Bruno AMOUSSOU raconte tout, ses va-et-vient, ses allers-retours, dans de petits chapitres de 10 à 20 pages.
Il donne du corps et du liant à son parcours, à ses expériences et à son engagement. 200 pages de souvenirs, de révélations et d’anecdotes.
C’est connu, l’oubli est un travailleur contre lequel on ne gagne jamais et pourtant Bruno AMOUSSOU a gagné.
Il nous offre une savoureuse et cruelle série de faits politiques. Une nouvelle confirmation que les années 60 ont été bel et bien agitées au Dahomey. Sur ces épisodes, le fond historique est bien organisé et la vérité éclate comme des bulles d’oxygène. Le plaisir de lecture est entier et chaque lecteur se fera son idée sur le rôle des acteurs de ses années - là :
Christophe SOGLO, Hubert MAGA, Sourou Migan APITHY, Justin AHOMADEGBE, Emile Derlin ZINSOU, Salomon BIOKOU, Edmond DOSSOU-YOVO, Alphonse ALLEY, Maurice KOUANDETE, Philippe AHO, Téophile PAOLETTI ? Jean VIDEHOUENOU, Nicéphore SOGLO, Moïse MENSAH, Albert TEVOEDJRE, Expédit VIHO, Adrien DEGBEY, Marius AKUESSON, j’en oublie, et l’auteur du récit Bruno AMOUSSOU ;
Ces récits secrets redessine bien le Dahomey de l’époque : les bons et les mauvais choix, les intrigues, les désordres, les erreurs, les échecs.
Parmi les échecs que rumine l’auteur, le projet de la Société d’aménagement et de développement de la vallée de l’Ouémé puis le projet de transformation de tomate à Natitingou, il y a 43 ans maintenant !
Bruno AMOUSSOU a aussi de gros regrets pour le continent noir. Le « militant africain » qui a rencontré Kwame N’KRUMAH, Ahmed BEN BELLA en qualité de Secrétaire Général de la célèbre Fédération des étudiants d’Afrique noire France (FEANF) a toujours rêvé d’une autre Afrique. Pas celle d’aujourd’hui.
Le ton est libre et osé. Bruno AMOUSSOU est dans sa veine habituelle, l’exploration minutieuse.
Son livre est simplement beau de l’intérieur sans aucun effet soporifique.
Lorsqu’on l’ouvre, on le lit d’une traite jusqu’à la page 200.
Généralement, lorsqu’on écrit ses mémoires, c’est qu’on a raccroché. Vraisemblablement, ce n’est pas le cas de Bruno AMOUSSOU. Interrogé samedi sur Radio France Internationale, il annonce une belle affiche au Bénin en 2011. Une élection présidentielle pour laquelle il « s’échauffe sur la piste » avec les partenaires de sa coalition. Le vieux lion n’a pas fini de rugir.
Bruno AMOUSSOU : L’AFRIQUE EST MON COMBAT, édition l’Archipel.
Extraits :
Page 89 « Lycée Chaptal…. La salle de classe était étroite, les bancs vétustes, moins confortables que ceux du collège Victor Ballot…J’éprouvai un sentiment d’enferment et de peur. Peu de temps après, la sonnerie nous invita au réfectoire, aménagé dans une chapelle désaffectée. Quelques élèves m’interrogèrent sur mon pays…Après le repas, je me rendis au dortoir où j’étais le seul Africain parmi quatre-vingt-deux élèves. Mes affaires étaient rangées dans l’armoire, je ne voulus pas me déshabiller devant tous ces Blancs. Je m’assis sur le lit dans l’attente de l’extinction des lumières. Une fois que je fus déshabillé, mes camarades rallumèrent les lampes, s’emparèrent de moi et me promenèrent, tout nu, de dortoir en dortoir. A chaque étape, les élèves vérifiaient que j’étais effectivement noir partout, un peu moins à la paume de la main, à la plante des pieds. « Regardez son zizi ! » hurlaient certains élèves qui tenaient à le toucher. Je passai le reste de la nuit à méditer ce qui m’arrivait. »
Page 182 « Le général GOWON donna son accord à la construction d’une cimenterie à Onigbolo dont le gouvernement posa la première pierre. Il s’intéressa également à la mise en valeur de la vallée de l’Ouémé…L’abondante documentation produite par la mission d’études de l’Ouémé durant la période coloniale fournissait assez d’éléments pour un aménagement économique de la basse vallée. J’en avais esquissé les premiers schémas avec le soutien du programme des Nations Unies pour le développement. Son représentant l’affable Danois Carl MAJOR WRIGHT, appuya Janvier CAPO-CHICHI qui assuma la direction du projet après ma nomination à la Sonader en 1966. Cet organisme soutint nos efforts à l’aide d’un financement de 750 millions de FCFA (….) Le programme retint 1800 hectares de rizières pour une première phase… Malheureusement, à ce jour, tous ces espoirs se sont évanouis. Seul le souvenir de la pompeuse inauguration de la rizerie, des magasins et des bureaux en ruine, des équipements abandonnés, des bornes de canaux ensevelis rappellent la glorieuse parenthèse de la mise en valeur de cette riche vallée. »
Page 199 « A la fin de mes études, fidèle aux orientations de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France, j’ai opté pour la régionalisation de la lutte. J’ai tenté de mobiliser les populations autour des valeurs démocratiques. Cette démarche n’a malheureusement pas débouché sur la constitution d’une force politique capable d’agir sur les évènements. Certes, elle a permis l’immersion des intellectuels dans les réalités sociales, mais l’absence de cette structure faîtière, qui devait fédérer les énergies régionales et consolider l’édifice au niveau national, a laissé chaque branche orpheline. »
